Éclats de fils et d’écailles
Éclats de fils et d’écailles est une exposition qui se déploie dans l’espace comme une matière vivante. Photographie et textile y dialoguent à partir du monde marin, non pour le représenter, mais pour en faire émerger les rythmes, les tensions et les fragilités. Les photographies de Miki Fukumoto et les textiles de Yoko Seki s’y rencontrent autour de gestes essentiels — assembler, recoudre, contenir, attendre, transformer, créer — qui interrogent la fragilité du vivant et la capacité des formes à se métamorphoser et à générer de la vie.
Pour commencer bien l’année, venez prendre une dose d’énergie à la galerie !
ARTISTES EXPOSÉES : Miki Fukumoto & Yoko Seki
Du 24 janvier au 14 mars 2026
Les photographies de Miki Fukumoto recomposent poissons, coquilles et fragments marins en images intensément colorées, d’une grande rigueur formelle. Détachés de leur contexte, les corps sont ordonnés, répétés, disposés en cercles, spirales ou constellations, jusqu’à devenir de véritables cartographies imaginaires. L’éclat des écailles et les jeux de lumière transforment le réel en un espace de contemplation, traversé par une conscience aiguë de la vulnérabilité du vivant et par un profond sentiment de gratitude envers la mer et ceux qui en vivent.
Les couleurs, presque irréelles — magenta, violet, turquoise, vert profond — imprègnent les fonds lisses, silencieux, abstraits de ses photographies.
Ces images ne racontent pas une scène : elles recomposent un monde. Un monde où l’écaille devient éclat de lumière, où le vivant se transforme en rythme, en cosmos. Ce travail trouve son origine dans une expérience intime. Pendant la période du Covid, alors que le monde basculait dans l’incertitude, un geste simple s’est imposé à l’artiste Miki : cuisiner du poisson. En préparant ces corps marins — détacher les écailles, découper la chair — elle a éprouvé la fragilité de la vie, la proximité du danger, mais aussi une profonde gratitude, le moteur même de son travail de photographie.


Face aux images construites et lumineuses de la photographie de Miki, les œuvres textiles de Yoko Seki introduisent le corps, la gravité et le temps du geste. Réalisées à partir de tissus usés, donnés ou trouvés, elles sont assemblées par la couture comme on relie des fragments de vies. Les fils, utilisés comme une palette de couleurs d’un peintre, inscrivent dans la matière les traces de l’usure et des émotions transmises. Ici, réparer ne signifie pas effacer, mais transformer : donner une nouvelle présence à ce qui semblait avoir perdu sa fonction.
Dans l’espace, les textiles ne se limitent pas au mur. Ils deviennent des présences habitées, invitant le regard à circuler, à s’approcher, à éprouver les volumes et les plis. L’un d’eux repose sur une chaise, comme un corps assis, silencieux. Un autre semble s’élever au-dessus d’une nasse : les tissus s’envolent, évoquant le saut d’un dauphin, avant de retomber vers le fond de l’océan, au détour d’un poulpe textile qui s’attarde et d’un poisson qui apparaît dans une photographie de Miki.



Plus loin, dissimulé dans un petit meuble, un textile apparaît en cohabitation avec de minuscules figurines de dieux de la mer, façonnées à partir de l’argile récoltée sur la plage du Sillon (œuvres de Delphine Schreiber). Cette cohabitation intime prolonge le travail de Yoko Seki qui cache ou assemble souvent ses textiles à des objets dans ses expositions afin de faire dialoguer les matières, les histoires et les croyances, comme autant de récits cousus ensemble.


Le visiteur n’est pas invité à lire ces œuvres, mais à les rencontrer lentement, à en contourner les formes, à en ressentir la présence. De loin, elles frappent par leur silhouette ; de près, elles révèlent les coutures, les accidents et les histoires réunies dans la matière.
Devant le mur du fond, face au visiteur qui entre dans l’espace de la galerie, un bureau — à la fois lieu de travail et métaphore de la volonté du lieu de recycler — occupe une place centrale. Ancien bureau d’une école voisine, récupéré pour une seconde vie, il est surplombé d’une œuvre textile rassemblant diverses parties de drapeaux de pêcheurs. Un lien fort se tisse ici entre les deux artistes, dans un visuel captivant où l’on distingue un visage qui semble nous fixer. Ce point d’ancrage agit comme une île : à la fois abri et piège, lieu de dépôt et d’attente.


L’exposition est également ponctuée de deux éléments de pêche donnés par un pêcheur de la baie du Mont-Saint-Michel, Papi Péchou, que nous remercions chaleureusement. On y découvre notamment une nasse qui capture, entre les mailles de son filet, son seau percé et ses cordages bleu, un textile de Yoko Seki.
À proximité des photographies de Miki Fukumoto, un flotteur jaune est posé contre le mur, son bâton enroulé de ruban adhésif bleu. Ce geste évoque les bâtons aux anneaux multicolores d’André Cadere, qu’il disséminait dans les espaces d’exposition. Ici cependant, il ne s’agit pas d’un geste politique, mais d’une intention curative : intégrer le dur labeur des pêcheurs, leur engagement physique et quotidien pour nourrir une population toujours plus nombreuse, souvent dans des conditions difficiles et un contexte de tensions territoriales. Une réalité qui s’invite dans un monde créatif lumineux et régénérant.



Ancrée dans l’imaginaire et l’histoire maritime de Saint-Malo, ville portuaire où la pêche fut longtemps source de vie et de transmission, l’exposition fait apparaître, dans la matière même, ce qui relie : le fil, l’écaille, la lumière — et la force du lien collectif.
Éclats de fils et d’écailles invite à ralentir, à regarder autrement, et à reconnaître dans les gestes simples d’assemblage et de réparation une manière essentielle de tenir le monde ensemble.
Éclats de fils et d’écailles parle de gestes simples et essentiels : ceux qui lient, qui rassemblent, qui permettent de continuer. Elle évoque la réparation non comme un retour à l’état initial, mais comme une transformation.
Elle rappelle que ce qui est usé, fragmenté ou abandonné peut encore produire de la beauté, du sens, et une énergie vitale. Entre cosmos et quotidien, entre abstraction et geste artisanal, Éclats de fils et d’écailles est une exposition sur ce qui tient ensemble, nous tient ensemble — malgré tout. Sophie Cavaliero
Commissariat : Sophie Cavaliero et Isabelle Delvallée
Un merci à Jérôme Cavaliero pour son aide
Pour en savoir plus sur les artistes, découvrez leurs pages attitrées sur l’onglet consacré aux artistes
Informations complémentaires
Delphine Schreiber : Instagram @delphine.schreiber
Pour toute demande d’interview, visuels haute résolution ou accréditations : contactez Sophie Cavaliero via le formulaire de ce site
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