MIKI FUKUMOTO 

Née en 1966 à Kobe (Japon), Miki Fukumoto est diplômée du département photographie de l’École des beaux-arts d’Osaka. Elle a étudié auprès du photographe Daido Moriyama avant de s’installer comme photographe indépendante.

EN SAVOIR PLUS SUR L’ARTISTE

Portrait réalisé par Yves Trémorin

Depuis plus de quinze ans, Miki Fukumoto développe un travail photographique profondément ancré dans le monde maritime japonais. À partir de 2010, elle parcourt les ports de pêche du Japon, lieux où se concentrent à la fois une activité ancestrale, une relation quotidienne au danger et une dimension spirituelle encore très présente. Ces territoires, façonnés par la mer, constituent pour l’artiste bien plus qu’un décor : ils sont le point de rencontre entre le vivant, le travail humain et l’invisible.
Dans la culture japonaise, la pêche est indissociable d’une relation aux divinités marines. Les pêcheurs, confrontés à la mer comme force vitale et menaçante, prient depuis toujours pour leur protection et pour l’abondance. Wadatsumi, dieu de la mer, traverse symboliquement l’œuvre de Miki Fukumoto. Comme guidée par cette présence, l’artiste rencontre au fil de ses déplacements des femmes et des hommes vivant de la mer, dont la force morale, la bienveillance et la dignité nourrissent profondément sa démarche. Son regard se construit dans un respect attentif, loin de toute approche documentaire ou illustrative.

copyright Miki Fukomoto

Si son travail s’enracine dans des lieux et des rencontres réels, il s’en détache progressivement pour atteindre une forme d’abstraction poétique. Les paysages saisis à l’aube ou au crépuscule, les corps marins, les poissons et les coquilles deviennent matière à recomposition. Dans des séries comme CIEL, Miki Fukumoto extrait les êtres marins de leur contexte et les dispose selon des compositions rigoureuses, proches de constellations ou de cartographies imaginaires. La photographie cesse alors de décrire pour organiser, ordonner, révéler une structure cachée du monde.

La couleur occupe une place centrale dans ce processus. Utilisée comme une palette singulière et assumée, elle intensifie la perception et transforme le réel. Les fonds, lisses et abstraits, suspendent toute narration directe, tandis que les éclats d’écailles, de chair ou de lumière composent un espace presque cosmique. Cette tension entre précision formelle et charge émotionnelle confère aux images une dimension contemplative, parfois méditative.

copyright Miki Fukomoto

Le travail de Miki Fukumoto est également traversé par une conscience aiguë de la fragilité du vivant. Le geste de préparer le poisson, d’en détacher les écailles, de le transformer pour se nourrir, devient un moment de révélation : celui de la beauté, mais aussi de la vulnérabilité et de la finitude. De cette confrontation naît une forme de gratitude silencieuse, une énergie vitale que l’artiste cherche à transmettre à travers ses images.

Son œuvre peut ainsi se lire comme une prière visuelle — pour la mer, pour ceux qui en vivent, pour la survie des ports de pêche fragilisés par les catastrophes naturelles, mais aussi pour la capacité humaine à continuer, à recomposer, à regarder le monde avec attention et respect.

La délicatesse de son rapport à l’ombre et à la lumière inscrit son travail dans une tradition photographique japonaise tout en affirmant une écriture résolument personnelle, où le réel devient matière sensible et spirituelle.


EXPOSITIONS

Ses expositions personnelles incluent notamment :
Wadatsumi (ZEN FOTO Gallery, Tokyo, 2025); Ciel (Galerie L’Escalier, Auxerre, 2025 ; Pâtisserie-Chocolaterie Masaki Yamamoto, Arles, 2021–2022, 2024), Rhapsodie Wadatsumi (Arles, 2023), Rencontre Inattendue (Arles, 2019), Bleue Vague (Kobe Fashion Museum Gallery, Kobe, 2010), à paris (Osaka Visual Arts Gallery, Osaka, 2010 ; Gallery Sokyusha, Tokyo, 2010 ; Place M, Tokyo, 2007), ainsi que Rock in the Shinjuku (Place M, Tokyo, 1998) et Swing (Place M, Tokyo, 1997).
En 2019, elle participe au Festival international des médias maritimes d’Incheon (Festival de la photographie et du film d’Incheon, Corée du Sud).
Récompensée par le prix MIO de la photographie en 1999, Miki Fukumoto publie en 2010 un recueil consacré aux rues parisiennes, À Paris, aux éditions Sokyusha.


Pour découvrir davantage le travail de MIKI FUKOMOTO, vous pouvez visiter son site officiel : https://miki-fukumoto.com/

Aujourd’hui l’Espace Sugoi présente le travail de Miki Fukumoto. Pour découvrir l’exposition, découvrez ci-dessous les oeuvres ou lisez l’article de l’exposition, cliquez ici


Dans l’exposition

LES OEUVRES PRÉSENTÉES DANS L’EXPOSITION À L’ESPACE SUGOI (2026)

« L’épidémie de Coronavirus, qui a bouleversé le monde entier, m’a amenée à réfléchir profondément à mon propre avenir. Au Japon, j’avais adopté une alimentation très frugale – quelques légumes, quelques condiments – dans un esprit d’austérité. Un jour pourtant, une envie irrépressible de poisson m’a traversée : j’en ai acheté, avec le désir sincère de le préparer, de le cuisiner.
Ce fut une révélation. J’ai été saisie par la beauté de ces êtres marins, captivée par leurs écailles et les jeux de lumière fascinants qu’ils offraient.
En les préparant – chaque écaille détachée, chaque morceau de chair découpé – j’ai ressenti intensément la fragilité de la vie, et le danger permanent qui nous entoure. C’est ce lien profond avec le poisson qui m’apporte une énergie vitale, une force qui me permet de continuer à vivre.
Dans mon cœur, je ressens une immense gratitude. En les admirant, une pensée s’impose : eux aussi méritent de rejoindre le Ciel. » MIKI FUKOMOTO


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