Photographe, Isabelle Delvallée explore la photographie comme un médium artistique à part entière, aussi noble et sensible que la peinture. Son travail s’inscrit dans une recherche plastique où la matière, la lumière et le geste dialoguent.
Spécialisée dans la gomme bichromatée, technique ancienne héritée du pictorialisme des années 1920-1930, elle privilégie un rendu doux et vaporeux qui efface les frontières entre peinture, dessin, gravure et photographie. Cette approche artisanale confère à ses tirages une dimension singulière, à la fois poétique et intemporelle. Chaque image naît d’un lent processus : l’application manuelle de couches pigmentées sur le papier, l’insolation du négatif, puis le dévoilement progressif dans l’eau claire. Isabelle Delvallée intervient parfois à la brosse, parfois laisse l’eau agir seule — un dialogue entre contrôle et hasard, rigueur et abandon. La sensibilité du geste, la densité de la couleur et l’indocilité du papier rendent chaque œuvre unique.
« La photographie, par la gomme bichromatée, devient pour moi un territoire d’expérimentation où la nuance, la matière et le dépouillement révèlent l’essence même de l’image. » Isabelle Delvallée
Projet récent — Hermelles
Série de 6 gommes bichromatées • 2025
Avec la série Hermelles, Isabelle Delvallée poursuit son exploration de la matière et du vivant. Cette œuvre rend hommage à l’hermelle, petit ver marin bâtisseur de récifs dans la baie du Mont-Saint-Michel. Sur plus de 220 hectares, ces organismes de quelques centimètres érigent la plus vaste construction animale d’Europe. Leur habitat, façonné grain à grain à partir du sable, compose de véritables architectures naturelles comparables aux coraux. Pour ce projetn Isabelle Delvallée s’est inspirée de cet « ingénieur du vivant » pour interroger la frontière entre nature et création.
« Quel meilleur moyen d’évoquer un sujet que d’en façonner l’image avec sa propre matière ? »
Pour cette série, elle a choisi d’utiliser le sable même des hermelles — la tangue, ce mélange subtil de sable et de sédiments — qu’elle a récolté, broyé et intégré à sa solution bichromatée. Le pigment devient ainsi trace de territoire, matière vivante, symbole de symbiose entre l’image et son sujet. Ce projet fait écho à l’arrêté de protection de l’habitat naturel (APHN) de 2024, qui protège non pas l’espèce, mais son écosystème — un geste rare et inspirant.
Pour découvrir davantage le travail d'Isabelle Delvallée, vous pouvez visiter son site officiel : www.isabelledelvallee.com
Dans l’exposition
Lumières abandonnées (Janvier – Février 2027)
LES OEUVRES PRÉSENTÉES DANS L’EXPOSITION À L’ESPACE SUGOI (2025)
Sark, l’Île aux Trésors
33 gommes bichromatées • 2024
Avec Sark, l’Île aux Trésors, Isabelle Delvallée livre une exploration sensible et documentaire d’un territoire à la fois réel et presque utopique. Située dans l’archipel anglo-normand, l’île de Sark ne compte que six cents habitants, vit sans impôt et se traverse uniquement à vélo, à cheval ou en tracteur. Entre falaises spectaculaires, sentiers fleuris et hospitalité simple, Sark semble suspendue hors du temps.Mais derrière cette apparente harmonie se pose une question essentielle : comment une communauté vieillissante — dont la moyenne d’âge atteint soixante-deux ans — peut-elle assurer éducation, santé, travail et autonomie sans contribution fiscale ?
À travers la gomme bichromatée, Isabelle Delvallée capture la beauté fragile de ce microcosme en tension entre liberté et précarité, paradis et déséquilibre, révélant les paradoxes d’un monde insulaire confronté aux convoitises et à la spéculation.